
Vernissage dimanche 16 août, 11h
ENIGME
Il trébucha sur un buisson et ne reconnut pas le sentier. Il essaya de garder les yeux ouverts pour éviter les visions d’épouvante, persuadé que s’il les fermait, il reverrait surgir l’homme derrière la pierre dressée. Cela exigeait beaucoup de minutie et la plus grande vigilance.
Comme si quelqu’un se déplaçait devant la fenêtre, le plafond, les boiseries prirent des teintes sombres. Elle percevait avec une incomparable acuité cette effrayante combinaison de formes et pouvait mesurer tous les degrés de dangers qu’elles représentaient. Puis elle crut entendre dans le lointain des aboiements plaintifs, dans le crépitement de la pluie les vieilles plaintes que le temps a conservées et que le vent soulève comme de la poussière. Ce n’était rien que le grésillement de l’écran resté allumé dans la chambre vide.
Elle s’arrêta au milieu du couloir, tenta d’écouter une fois encore derrière la porte tandis que le vent s’était arrêté de souffler sur les roseaux, la nuée d’étourneaux claquant un instant comme un drapeau, le bois soudain endormi et la vieille carcasse blanche immobile au fond de la prairie.
Et même lorsqu’elle comprit que ces signes sur les murs n’étaient qu’une simple apparence, elle se ravisa, courut aussitôt vers l’endroit où l’ombre avait pris forme dans son esprit. Seulement ce battement, cette pulsation nocturne constituaient, de toute évidence, les éléments d’un même rythme, la porte laissée ouverte à jamais, une serrure qui ne s’ouvre plus, une brèche dans ce paysage désolé où l’obscurité venait s’incruster, des failles presque imperceptibles dans la boue séchée.
Alors elle sut tout de suite que ce qu’elle avait entendu n’était qu’un fragment de ce qui s’était réellement passé.
